Mapping interactif, animation de bulles de savon et horloges digitales

Pauline Saglio 250

Laissez tomber votre vieux flacon et vos bulles de savon. Venez plutôt à la MJC du Grand Cordel pour découvrir trois œuvres interactives inaugurées dans le cadre du festival « Maintenant ». Pauline Saglio expose « Rewind », une collection de trois horloges bien singulières ; Mathieu Rivier présente l’installation « Light Form » ; et enfin, tous deux s’unissent à Joelle Aeschlimann pour la « Cave aux bulles ».

Pauline Saglio nous apporte son éclairage sur ces trois œuvres visibles jusqu’au 29 novembre.

– Bonjour Pauline. Cela fait déjà un an que tu es diplômée de l’ECAL (Ecole cantonnale d’art de Lausanne, une haute école d’art et de design), quelle filière as-tu suivie ?

En fait, j’ai fait un bac ES car je n’aimais pas les spécialisations et parce qu’on a tendance à les dévaloriser. Je voulais montrer que mon orientation vers une filière artistique était un vrai choix. Ensuite, j’ai étudié à Penninghen à Paris mais je trouvais que la formation était trop classique. J’ai donc fait une prépa et j’ai monté un dossier un peu personnel pour rentrer à l’ECAL dans la section « Media and Interaction Design ». Je suis allée en Suisse car en France, cette filière n’est pas assez développée. Dans cette école, le numérique m’a beaucoup séduite. La façon dont on l’enseigne est vraiment différente et j’étais contente d’utiliser plein de médias. J’ai étudié dans cette école durant quatre ans, je suis diplômée depuis 2013. Aujourd’hui je travaille dans l’école dans la communication visuelle et je réalise mes projets en parallèle.

– Trois œuvres sont exposées au Grand Cordel Mjc jusqu’au 29 novembre. Quel est le fil rouge, qu’est-ce qui les relie ?

A chaque fois pour les trois œuvres, il y a une volonté de rendre les projets très accessibles au public et de proposer des œuvres interactives. N’importe qui peut rentrer en contact avec l’œuvre, et ce, sans avoir besoin de lire beaucoup de documents. Notre but n’est pas de critiquer les œuvres conceptuelles, mais disons qu’aujourd’hui, c’est fatiguant d’aller aux musées et de voir des œuvres qui ne parlent pas immédiatement. Les œuvres qu’on propose offrent la possibilité au public d’interpréter sans besoin de digérer plein de concepts. Nous avons la volonté de travailler avec des objets très intuitifs. Le public va naturellement toucher et rentrer en contact avec les œuvres.
Et si aujourd’hui, on a l’impression que tout le numérique est tactile, on montre qu’on peut être en interaction avec une œuvre et le numérique sans que ce soit le cas comme dans « Rewind » ou la « Cave aux bulles ».

– Ton œuvre « Rewind » est un ensemble de trois horloges. Peux-tu présenter cette œuvre et expliquer comment t’es venue cette idée de création ?

Rewind signifie « recharger ». Dans la maison de mes grands-parents, il y avait une horloge avec une clef à remonter et seul l’aîné de la famille pouvait remonter l’horloge à cause de la fragilité du mécanisme et parce que c’était considéré comme une lourde tâche. Du coup, je voulais transformer l’action de remonter l’heure en pure distraction plutôt que de la considérer comme une tâche.
Et en fait, j’aime beaucoup les vieux objets… Mon père m’a toujours traîné dans les brocantes. Par exemple, j’adore les objets en tôle peinte. Une fois, j’avais travaillé avec un robinet et l’idée m’est venue de créer une œuvre avec des clefs de jouets.

– Quels sont les trois mécanismes que tu utilises pour chaque horloge ?

Le mécanisme de l’horloge de droite s’appelle un poussoir. C’est une petite languette qu’on pousse et qui est utilisée dans des jouets anciens comme les manèges en tôle. L’horloge du milieu est une petite clef qu’on tourne. Le mécanisme de l’horloge à gauche est le même que celui des berceuses où il faut tirer sur une petite ficelle.

 

– J’ai vu qu’à travers ce projet tu cherches à recréer un lien physique avec la lecture de l’heure. En quoi ce lien aurait disparu ? Pourquoi est-ce important pour toi d’attirer l’attention sur ce point ?

Je voulais réintroduire du sens dans la lecture de l’heure. Aujourd’hui, l’heure est partout, constamment affichée. On a même des automatismes comme regarder son portable ou le coin droit de son ordinateur, sans retenir l’heure. L’heure peut être un vrai gadget comme sur les croix clignotantes des pharmacies. A l’ère du numérique, on baigne dans de l’immédiateté et on n’a plus le même rapport à l’heure. Avec les trois horloges que je présente, je réintroduis de l’attente, comme autrefois car il y a un jeu avec la durée pour chacune d’entre elles. Par exemple, pour l’horloge du milieu, plus on remonte l’horloge à l’aide de la clef, plus il y aura de poissons. Donc si on n’actionne pas assez le mécanisme, on n’aperçoit pas l’heure car il n’y a pas assez de poissons. Il faut patienter comme autrefois !

– Tu présentes aussi à la MJC le projet « Cave aux bulles » que tu as réalisé avec Joelle Aeschlimann et Mathieu Rivier. Peux-tu nous dire quelques mots ?

Dans cette œuvre, on a aussi utilisé un objet intuitif, connu de tous, le bâton à bulle. Comme pour « Rewind », le spectateur sait de suite comment interagir avec l’œuvre car l’objet lui est familier. Il souffle dans le bâton et les bulles sont projetées sur le mur comme des ombres. Elles explosent avec légèreté et de façon aléatoire comme dans la réalité. Le jeu est le même : on suit les bulles du regard et on se demande laquelle va exploser, laquelle va continuer de voler. On introduit un autre jeu, celui de savoir en quoi elles vont se transformer ! Certaines deviennent des montgolfières, d’autres des oiseaux. On était dans le thème de l’enfance, de la légèreté. Le contexte était assez festif puisqu’on a créé cette œuvre pour le workshop de la « Foire à Guévaux » dans un château en Suisse.

– Comment s’est déroulée votre collaboration ?

On ne fonctionne pas comme une boîte de production donc c’est assez difficile à définir. Je me rappelle que je voulais travailler avec un objet et la projection d’ombres. Joelle voulait utiliser du savon et éclairer les bulles. Au cours des discussions, des associations d’idées de chacun, on a développé le projet.

– Au sein de l’exposition, on peut trouver une autre œuvre de Mathieu Rivier, l’installation « Light Form ». 

C’est une œuvre très sensorielle créée grâce à la technique du mapping. Il y a trois séquences animées qui se succèdent sur l’objet et le spectateur peut entrer en interaction avec les images en touchant le relief de la surface.

– Ces œuvres possèdent toutes une part de magie. Quelle est la réaction du public justement ? 

On m’a demandé si on avait créé ces œuvres pour les enfants. Mais non ! Le principe est que les œuvres entrent en interaction avec les personnes. C’est cool de voir que les personnes rentrent dans l’œuvre directement sans se poser mille questions. C’est aussi amusant de voir des réactions d’enfants de la part d’adultes. Cela crée un autre rapport aux œuvres. Dans les musées, ce rapport est davantage solennel.
Les spectateurs m’emmènent sur des voies d’interprétation complètement différentes. Cela change aussi du rapport descendant de l’artiste au public. On insiste sur le rapport à l’œuvre, la poésie et non sur la prouesse technique. On ne cherche pas à vanter cela lorsqu’on présente une œuvre. On nous dit plus souvent des choses du type « c’est chouette » à propos de l’interaction que des manifestations de fascination par rapport à la technique.
Aujourd’hui grâce à l’interaction, on a face à nous des « spect-acteurs ».

 

Juliette Josselin pour Electroni[k]

 



Les commentaires sont fermés.