Interview du Studio G&M

L’INTERACTIVITE SELON GANGPOL & MIT 

visuel 28 juin final horizontal88

Votre nouvelle création, La Boîte, est en finition de création. Pouvez-vous nous en expliquer le principe et le ‘work in progress’ ?
La Boîte est un ensemble de mobilier sonore sculpté interactif. Divers personnages en bois sont installés derrière leurs tables de travail respectives, au sein d’un petit atelier de confection ancestral composé de diverses unités : conception, fabrication, commercialisation, service après-vente. Leurs établis sont équipés de diverses technologies embarquées qui nous permettent d’interagir avec eux. Le public peut ainsi dessiner à l’aide de crayons musicaux, élaborer de petites boucles d’animation sonorisées… Il est aussi possible de construire des rythmiques en plaçant des piles de dollars sur une surface dédiée, ou de faire chanter via un système de webcam des personnages dessinés sur papier par les visiteurs de l’exposition.

Vous avez déjà présenté des tables à dessin (aujourd’hui présentées de façon permanente à la Gaîté Lyrique), pourquoi et comment souhaitez-vous aller plus loin avec ce projet ? Qu’est-ce qui vous inspire pour réaliser vos productions ?
Les projets ont tendance à s’imposer d’eux-mêmes, parfois même contre notre volonté. La Boîte est effectivement un prolongement des premières tables à dessin exposées à la Gaîté : plus gros, plus complexe, multimédia… On est au service d’une espèce d’entité sonore et visuelle qui a sa propre logique, son histoire, et qui souvent nous dépasse. Tant mieux.

Comment vous répartissez-vous le travail ?
Chacun de nous ayant un domaine de compétence, visuel ou sonore, la répartition se fait naturellement. Sur un projet de ce type, la phase de conception implique évidemment de nombreux allers-retours. Les systèmes interactifs audio-visuels ont été imaginés en commun, avec la collaboration de Freeka Tet et Yann Van der Cruyssen, qui ont pris en charge la partie code et électronique. Menuiserie et peinture sont l’œuvre de l’atelier Zebra 3, avec qui Guillaume collabore régulièrement.

Comment se sont passés les périodes de résidence ? Avez-vous eu des surprises ?
Il y a toujours des surprises entre la conception et la réalisation, bonnes ou mauvaises. On s’est retrouvés sur ce projet avec un nombre incalculable de paramètres à prendre en compte, et une coordination entre les différents métiers impliqués particulièrement casse-tête. Réalisant par exemple qu’il est impossible de déterminer les dimensions d’une pièce de bois sans avoir testé au préalable, la focale de tel modèle de caméra, ou qu’il est impossible d’encastrer l’électronique avant que la peinture ne soit faite pour cause d’aérosols…

Les tables finales que vous allez réaliser sont-elles différentes de votre idée initiale ?
Non, elles sont en définitive assez proches. Les changements notables concernent les interfaces ou les technologies embarquées, qu’on ne peut jamais choisir de façon empirique, mais qui dépendent grandement des contextes de présentation.

Pourquoi ce nom de « La Boîte » ?
Une bonne synthèse entre l’aspect cubique des personnages et de leurs établis, l’évocation d’une petite entreprise de type artisanale et cet étrange lieu de vie nocturne dédié à la musique de danse que certains jeunes fréquentent pour tromper l’ennui.

Les matériaux utilisés pour créer les tables sont des matériaux simples d’utilisation pour le public, était-ce une volonté particulière ?
C’est justement parce que nous voulions que les interfaces soient simples à utiliser pour le public que la technologie embarquée dans les tables est en réalité relativement complexe.

Les tables sont vouées à être manipulée en live mais également en accès libre. Y a-t-il certaines fonctionnalités qui seront exploitées dans une présentation et pas dans une autre ?
Rien ne change au niveau des fonctionnalités. En revanche, les banques de sons ne seront pas les mêmes selon qu’il s’agit d’un concert ou d’une exposition. Dans le cadre d’ateliers, nous pouvons justement travailler à l’élaboration de nouvelles banques sonores destinées à être injectées dans les sculptures.

Que recherchez-vous à créer comme sentiment pour le public ? Et, jusqu’où le public peut-il s’approprier le dispositif et jouer avec ?
Créer du sentiment n’est pas forcément l’objectif… Face à une bonne sculpture ou installation – disons, un mur de purée de carottes de Michel Blazy ou une piscine de Céleste Boursier-Mougenot – l’expérience relève plutôt du satori. Peut-être le sentiment a-t-il plus à voir avec le rythme et la temporalité : livre, cinéma, musique… Celui-ci dépendra donc grandement de l’usage fait de ces sculptures par le public, ainsi que par nous-mêmes dans le cadre des performances.

Comment s’est créé Gangpol & Mit ? Ce qui vous a réuni selon vous, c’est plutôt vos projets artistiques ou l’amitié ?
D’une façon générale, on aurait tendance à croire que c’est le projet qui fait le couple, plutôt que le couple qui fait des projets…

En France, on a pour (fâcheuse) habitude de classer les artistes en fonction de leurs genres musicaux. Comment pouvez-vous définir votre art (ou le pensez-vous inclassable) ?
C’est de pire en pire. On a toujours été difficiles à catégoriser, et ça ne s’arrange pas. On est un duo qui travaille sur l’image et le son : ni groupe de musique, ni studio d’animation… Avant, on pouvait au moins un peu se définir par l’outil, en disant que la musique était électronique, mais elle n’aspire pas spécialement à le rester. Les concerts passent de l’exotica au métal, il y a des chansons et du bruit. Pas d’unité de genre donc, mais une identité que l’on pense unique, et qui repose sur autre chose: les idées, le sens, les partis-pris. Une certaine manière de raconter des histoires en image et en musique.

Comment avez-vous connu l’association Electroni[k] et son festival Maintenant ?
Gaétan Naël (président de l’association Electroni[k]) a été l’un des premiers – avec Franck Stofer, du label sonore – à nous écrire lorsque la toute première demo cd-r est sortie il y a maintenant 12 ans. Depuis, on est restés en contact au fil des projets. C’est aussi pour le festival qu’on a réalisé notre premier concert jeunes publics.

Quels sont vos projets futurs ?
On a sous le coude un projet de série d’animation. Il nous faudrait quelques millions et une chaîne de télé. Envoyez vos dons.

LA BOÎTE – DU MERCREDI 16 AU MERCREDI 23 OCTOBRE – 4BIS
http://www.maintenant-festival.fr/exposition/la-boite-studio-gm.php



Les commentaires sont fermés.