Les dessous de la créativité : Joanie Lemercier

Crédit : Master2 ECOTIC

Les artistes sont des créatifs. Ils créent, ils doutent, ils rencontrent, ils expérimentent, ils renoncent, ils bifurquent. Entre clashs et conciliations, les artistes sont des entrepreneurs d’arts. Dans le cadre d’un séminaire sur le « management de la créativité », les étudiants du Master 2 ECOTIC de l’Université Rennes 1 vous invitent à découvrir les dessous de la créativité chez les artistes invités à Cultures Electroni[k].

Bristol Mapping Kid on the block

Joanie Lermercier ou l’itinéraire atypique d’un artiste lumineusement autodidacte et généreusement visuel. Passionné de mapping, ce contrôle très précis de la lumière et des images sur des surfaces ou des volumes, il nous projette dans des scénographies bluffantes d’illusions d’optique. C’est dans un cadre convivial et informel que nous le rencontrons pour un voyage entre les terres de légende de Brocéliande et de Stonehenge.

Hier

Né au début des années 80 dans le Loiret, Joanie a vécu toute son enfance en région de Rennes. Sa mère, enseignante en Arts Plastiques et DAO (dessin assisté par ordinateur), l’a généreusement baigné dès son plus jeune âge dans une ambiance artistique et technologique. Une influence forte qui lui a permis d’absorber naturellement toute cette culture du dessin, du croquis et des ateliers avec les enfants qui, aujourd’hui, sont des éléments au cœur de son inspiration.

Self-made-man

Passionné de skate et de graffitis, sa pratique artistique était alors un hobbie. L’orientation scolaire lui confirme qu’artiste n’est pas un métier facile. Echouant au baccalauréat, il décide de suivre une formation d’informatique et de web-design à Nantes. Il y vendra des stickers dans la rue et créera alors sa marque de street-wear (50 points de vente tout de même). De son aveu, cette activité était plus une excuse pour justifier son expérience d’artiste autonome. Mais cela lui procurera une solide expérience dans la vente, le business et le marketing, compétences qu’il saura utiliser par la suite. Grâce à ses connaissances en langages de programmation, l’aide précieuse de forums web, et sa curiosité naturelle, il devient freelance en conception et réalisation de sites web.

Web-made-man

Peu de temps après son installation à Bristol, c’est le web qui l’a sorti de l’ombre. Dans sa chambre il fabrique et filme des origamis en pyramides, 2-3 clics pour poster la vidéo sur les plateformes vidéo et quelques 50 000 vues plus tard, le voilà maître des murs de la mairie de Bristol pour son premier grand projet : un chantier monumental sur une façade de 160m² et un budget conséquent. Le public est conquis, Joanie passe du statut d’artiste amateur à artiste reconnu. Déclencheur de succès, le web s’est donc imposé comme un outil clé dans la diffusion de son art, alimentant sa réputation, les clients le sollicitent, plus besoin de démarcher.

Aujourd’hui

Autre évènement déterminant dans le succès du jeune artiste, sa participation à de grands festivals internationaux en 2009 qui lui ont apportés la visibilité nécessaire pour se faire repérer et enchainer les performances dans le monde. Cette année chargée et éprouvante reste celle de tous les succès. Après Scopitone, Electroni[k] et la tapisserie du Parlement de Bretagne, Joanie enchaine les festivals sur tous les continents : Bruxelles, Mutek festival (Montréal), onedotzero ( New-york ), Corée du Sud. Rien que ça !

Un artiste visuel et un label visuel :  AntiVj

En 2008, Joanie est à l’origine de la création du label AntiVj (dont la dénomination est un clin d’oeil humoristique envers le vijiing) et assume la « double casquette » de Directeur Artistique et d’artiste. Plusieurs artistes complémentaires intègrent le label dont Yannick Jacquet et Thomas Vaquié. La répartition des chantiers et des rôles s’y fait naturellement en fonction des compétences requises.

Avec l’expérience le label à appris à filtrer les propositions en fonction de leur sérieux, de l’intérêt que chaque membre du label lui porte mais aussi et surtout de la faisabilité en prenant en compte les contraintes techniques et budgétaires. Les membres assurant le rôle de content provider, le matériel qui peut représenter un budget entre 10K€ et 50K€ est loué localement afin d’éviter les coûts de déplacement mais aussi les frais d’assurance.

Chaque gros chantier se noue 6 mois à l’avance, les 3 premiers mois étant consacrés à l’étude de faisabilité et le bouclage administratif et contractuel. La production artistique du contenu s’enchainant par la suite jusqu’à la validation et l’installation du projet sur site. On peut y faire ici le parallèle avec une véritable démarche d’entreprise sans pour autant tomber dans la production industrielle. En effet, le but d’AntiVJ est avant tout de pousser les projets d’artistes et la rentabilité n’est pas un facteur déterminant. Les différents membres restent donc des indépendants et peuvent choisir d’exercer leur art en dehors du label à tout moment.

Demain : « avenir excitant »

Suite à une trop forte prise de risque en termes de planning sur un chantier important à Londres (projet RoundHouse) et une petite déception sur le résultat, le label décide dorénavant de ralentir le rythme des évènements afin de privilégier la qualité des prestations. L’architecture, le patrimoine et l’histoire mais aussi la veille technologique inspirent l’artiste qui ne dévoile pas ses projets secrets… Pour nos futures réjouissances.

Par : Gildas Le Bec, Pierre Gomeriel, Charlène Pomme, Audrey Rigaudeau

Pour en savoir plus :
http://joanielemercier.com/
Label Antivj : http://blog.antivj.com/.



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