Souvenirs d’une nuit américaine

L’opéra de Rennes, par sa petite taille, a quelque chose des lieux où l’on se regroupe en bonne société. On y vient attiré par l’Orchestre symphonique de Bretagne (OSB), par les compositeurs à l’ordre du jour ou par la programmation du festival ElectroniK. Hier soir, la musique minimaliste américaine réunissait l’assistance. Minimaliste ? Le novice imagine une réduction des notes, de la lenteur, des rondes et de longs soupirs. Minimaliste ? La soirée est déjà bien avancée quand l’enfant se retourne vers sa mère et demande l’air ahuri : « c’est ça ? », comme pour dire : « ça n’est que ça ? » Et oui, ce soir « c’est ça », il n’y aura rien d’autre, mais ce qu’il y a, déjà, n’a rien des coupes forcées pour manque d’idées ou de budget. La soirée d’hier soir à l’Opéra de Rennes était tout simplement grandiose.

Philip Glass d’abord et la Symphonie n°3, un lever de rideau qui dure, un commencement sans fin, violons, violoncelles et contrebasses reprennent plusieurs voix répétitives et fascinantes. Ça s’accélère, les archers scient les cordes, le premier violon se lève à peine et se rassied, conduit les notes avec les épaules. Dégringolade de doigts pinçant les cordes, gouttes d’eau de fin de pluie. On rêve de routes qui n’en finissent pas. Et ça s’arrête, suspendu.

Changement de plateau pour la Symphonie de chambre n°1 de John Adams. Sur la place de l’Opéra, on dira être moins entré dans sa musique. Musique à suspens pourtant, emmenée par un percussionniste très applaudi.

Puis, vient la rencontre entre musique contemporaine et musique électronique. Trois élèves du Conservatoire de Rennes, une violoncelliste et deux computeristes interprètent la Symphonie n°3 de Philip Glass. Difficilement reconnaissable, c’est la première fois qu’on entend un tel orchestre, mais l’habitué de l’OSB aimera aussi. Elle a commencé à jouer, eux s’affairent, ça n’a pas l’air de marcher. Un branchement et hop, c’est parti. Musique amplifiée. « Planant et aquatique à la fois. »

Enfin, le duo Vanessa Wagner et Murcof, présentent des œuvres de Satie, Ravel, Adams, Dutilleux, Pärt, etc. Rencontre réussie entre un piano à queue et une table de mixage. Ils nous emmènent dans une grotte où résonnent la corne de brume, les ondées de Satie, les rythmes électroniques endiablés sur lesquels le piano sonne note à note, intriguant. Trémolos encâblés, plaintes grandissantes, échos incessants, le DJ et la pianiste auront joué une musique de paradis perdu.

Crédits photo : Gwendal Le Flem pour Electroni[k], plus de photos sur Flickr.

Article rédigé par Sophie Burdet.



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