5 questions à… Martin Messier

Martin Messier

Jouant des machines à coudre Singer des années 30 comme certains jouent du piano, le québécois Martin Messier a transformé l’auditorium du Tambour en ballet lumineux et sonore avec Sewing Machine Orchestra, lundi dernier. Lors d’un sonate très chorégraphiée, les machines créent une bulle sonore d’origine mécanique, plus ou moins rythmée, et laissent une impression étrange : elles semblent bien s’animer d’elles-mêmes…

A l’issue d’une conférence à l’Ecole européenne supérieure d’art de Bretagne (EESAB), où il a présenté un parcours influencé aussi bien par la danse contemporaine que le hardcore de ses débuts, nous somme revenus avec Martin Messier sur sa relation aux machines.

A la fin de la performance, beaucoup de gens sont venus sur scène pour voir comment les machines fonctionnaient. C’est chose courante ?

Oui, c’est assez classique, c’est même moi qui ai proposé aux gens l’autre soir puisque je les voyais regarder de loin. C’est plus difficile de les amener sur scène lorsque la scène est élevé, mais hier ce n’était pas le cas. Les gens sont toujours curieux de savoir, de voir les machines. D’autant plus que pendant le spectacle, je suis conscient qu’on ne voit pas beaucoup les machines, car ça flashe, on n’a pas le temps de bien observer et l’idée n’est pas de montrer comment ça marche. Ils veulent connaître comment ça fonctionne techniquement alors je leur explique. Les machines et les lumières sont contrôlées par l’ordinateur et amplifiées par des microcontacts. De plus, j’utilise les roues de chaque machine comme contrôleurs.

Finalement sur scène, le mouvement de l’aiguille n’est pas le plus important ?

A cause de la distance, de toute façon on ne peut pas le voir. Il y a donc cette performance, dédiée au son des machines, et une installation dédiée au mouvement. Dans l’installation, j’ai axé tout mon travail sur le mouvement de la machine, pour que les gens s’approchent et puissent l’observer. Elle a été créée après la performance, pour le MAC à Créteil l’an passé, dans le cadre de l’exposition Low Tech, présentée au festival Via à Maubeuge, et actuellement elle est à Bergen, en Norvège. Il y a douze machines, au lieu de huit. Mon rêve, c’est qu’il y en ait une centaine !

As-tu déjà « détourné » d’autres machines du quotidien ?

Oui, de vieux réveils-matins avec l’horloger. Et aussi, un spectacle avec des appareils électroménagers : une dizaine de frigos, quatre poêles, des sèches-linges… Mon but n’est pas de me spécialiser dans l’utilisation d’objets du quotidien pour créer des performances, que ça devienne une recette. Par contre, j’aimerai tout de même traiter l’utilisation d’objets d’une autre façon et j’ai une bonne idée à ce sujet pour un projet futur…

Dans Sewing Machine Orchestra, en quoi as-tu été limité par les machines à coudre en tant qu’objets ?

Elles sont à la fois multiples, et terribles. D’un point de vue technique, il y a le problème du son. C’est l’enfer, car elles sont faites en fonte. Le son est extrêmement aigu, c’est compliqué d’arriver à un bon son. J’amplifie davantage la plaque de bois : le microphone est situé entre la machine et la plaque de bois, comme ça je récupère le son à travers la résonance de la machine dans le bois, et il est moins strident. J’utilise aussi des micros-contacts qui ne sont pas sensibles aux hautes fréquences. L’autre contrainte, c’est que plus on rajoute de machines, plus il y a de larsen, voire du feedback. C’était un défi énorme de trouver comment j’allais gérer ça. Même si j’en ai l’habitude, avec 3-4 micros ça va, mais en amplifiant les micros-sons, cela pose problème même par rapport à mes mouvements sur scène. C’est un travail acoustique acharné. Les machines ne sont pas toutes les mêmes aussi, je ne pourrais pas aller en acheter 8 autres et faire le même spectacle, il faudrait que je reprogramme tout.

Je manipule les roues, mais si la machine est en action, je ne peux pas manipuler la roue. Il faut donc que je m’assure que j’utilise une machine qui n’est pas en train d’être actionnée, ça devient donc complexe du point de vue de la programmation. Je ne peux pas improviser.

As-tu déjà cousu avec ?

Non, j’ai tout de suite fait de la musique avec. Je les ai récupérées chez des particuliers, en ce moment il suffit d’aller sur les sites de petites annonces pour en trouver. Ces gens-là les ont sûrement gardées jusqu’ici pour raisons sentimentales, et ont finalement décidé de s’en séparer, on dirait que c’est le moment pour ça. Je suis sûr que dans vingt ans, je ne pourrai pas retrouver ces machines.

Le but initial était d’ajouter les pédales, mais j’ai finalement décidé de ne pas le faire car on ne verrait pas mes pieds lors de la performance. Ça ne rajouterai pas grand chose. J’utilise donc seulement les roues et parfois le levier de métal pour lever l’aiguille.

Site web : http://www.mmessier.com/

Crédits photo : Gwendal Le Flem pour Electroni[k], plus de photos sur Flickr.



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