L’invitation au voyage ?

Sympa d’entrer easy dans un lieu très surveillé pour une occasion exceptionnelle. Ce lundi 20 heures, l’aéroport est vide de ses activités habituelles. La pluie battante rajoute à l’atmosphère feutrée. Portes fenêtres et large paillasson, passons devant les guichets d’enregistrement, tout est bien rangé quand il n’y a personne. La pénombre là-bas, du monde et du bruit. On y est.

Normalement, ce doit être une salle d’embarquement dont on a retiré tous les bancs. Ou bien une salle d’attente, une salle des pas perdus. La lumière est très faible, à peine les éclairages de sorties de secours. Plafond blanc, carrelage blanc froid mais on s’assied quand même par terre – c’est prévu comme ça ?

La petite foule venue entendre la carte postale sonore orchestrée par Robert Henke est très sage. Ils se taisent, l’air grave. On dirait qu’ils attendent un avion. On s’emmerde un peu. On écoute, on entend, on finit par rêvasser. Être noyé dans les sons de l’aéroport est une expérience agréable. Six haut-parleurs nous entourent et nous enferment dans leur danse virtuelle. Des sons en sortent, à droite, au fond, à gauche, ça court d’un haut-parleur à l’autre. Ça monte ça descend. On y voit rien, rien à y voir. Nous sommes assis, les chanceux sur les bancs le long du mur. Très peu ferment les yeux. Pour entendre, il faut voir. On ne regarde rien, moi non plus je ne regarde rien, je suis les voix des talkie-walkie, de quoi parlent-ils, Véronique, François. « Ça va Véronique ? », « C’est bon continue François ». Ah, que font-ils ? « Allô ? », « dans l’axe », « un nouveau parfum », ça brouille. Je n’entends rien, que disent-ils ? « On s’en fout. »

Des tiroirs-caisses ? Des machines à tickets ? Des mitraillettes ? Des ondes basses, des roues sur le tarmac, des roues très larges. Dans la salle des opérations, on se parle gentiment, on se dit « s’il te plaît ». Finalement, de plus en plus d’auditeurs ferment les yeux. Tac-tac-tac-tac. « Smoking is not allowed… ». Ça roule, ça tombe le long d’un bruit de caoutchouc. Tiens, des grillons. « Nous vous rappelons que vous êtes dans un lieu public et qu’il est interdit de fumer. Merci de votre compréhension. » C’est un jeu ? Reconnaître le plus de choses. Je sais, on est dans une usine, ça coupe (« schlac »), ou un hôpital, le respirateur. Ça gonfle. Quelqu’un passe un appareil de nettoyage du sol.

Nous nous sommes tous assis face aux fenêtres, personne derrière la table de Henke. Tout le monde regarde une porte fenêtre donnant sur une rampe et derrière des panneaux de fer comme des énormes râpes à fromage. Il fait nuit, le ciel est noir, au fond, les lumières d’un hangar, ou bien c’est un parking. On n’y voit rien. Rien à y voir. On ne s’ennuie pas, on assiste et on s’immerge.

Ça a duré 30 minutes.

Article rédigé par Sophie Burdet.



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